Il était une fois, le 18 mai en Haïti, à Léogane en particulier


drapeau haitienLes festivités du 18 mai en Haïti, dans mes classes primaires, étaient phénoménales. Dans ce texte, je mettrai l’emphase sur Léogane parce que c’est la ville où je suis né, la ville où j’ai grandi. Cela nous fera plaisir énormément si les membres originaires des autres villes ont l’amabilité de partager à titre de commentaires comment ils vivaient autrefois, la fête du bicolore.
Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de vous rappeler, chers lectrices et lecteurs, le contexte et les conditions dans lesquels le drapeau haïtien fut créé. L’important est que l’on sache qu’un drapeau est connu depuis toujours comme un symbole partout dans le monde. C’est un signe unique car il montre la constitutionnalité d’un pays. Pour nous autres Haïtiennes et Haïtiens, aujourd’hui marque le 213ème anniversaire du nôtre, le Bicolore. En cette spéciale occasion, faisons une rétrospection des festivités du 18 mai d’autrefois.
Au prime à bord, il convient de signaler que les préparatifs de la fête du 18 mai dans certaines écoles commençaient dès la rentrée des classes après les vacances de Noël. Plus on avançait vers le jour J, plus nous étions occupés. A cette époque, les écoles fonctionnaient en plein temps. C’est-à-dire de 8h am à 4h pm du lundi au jeudi et jusqu’à 1h pm les vendredis. Après l’école, des jeunes des deux sexes versés dans le domaine théâtral se retrouvaient dans des salles de classe pour faire des répétions tandis qu’une grande majorité d’écoliers était sur la cour et pratiquait avec des fanfares pour les parades du 18 mai. On dansait et marquait des pas au son de la musique qui nous rappelait les luttes de nos héros qui s’étaient sacrifiés pour nous léguer ce coin de terre que nous appelons Haïti. On les sentait placer des commandes à travers ces chants patriotiques. Oui ! On pouvait sentir François Capois pousser des cris d’en avant, avant ! Et de Jean Jaques Dessalines s’adresser à ses soldats en disant : « Aujourd’hui, je ne veux garder avec moi dans le fort que des braves. Que ceux qui veulent redevenir des esclaves Français sortent du fort. Que ceux au contraire qui veulent mourir en hommes libres se rangent autour de moi. » Rappelons, Amis du Savoir et des Connaissances que s’il faut choisir entre mourir en homme libre et être enterré vivant, je porterai mon dévolu sur le premier.
Le jour du 18 mai, c’était la fête dans toutes les écoles nationales rurales et urbaines du pays. Des foules innombrables venant de partout se rassemblaient dans les 10h du matin pour assister aux parades de circonstance. Quelle fierté était pour des parents de regarder leurs filles et leurs fils exécuter des morceaux qu’ils ont appris. La cadence et l’élégance des porte-drapeaux habillés de façon spéciale dominaient ces évènements et y apportaient un goût tout à fait particulier.
Après les parades, cette foule s’empressait à prendre place sous une tente préparée en circonstance où les enfants allaient exhiber leurs grands talents à travers des danses, des pièces de théâtre qui actualisaient les précurseurs de l’indépendance comme Boukman, Charles Bélair, Toussaint Louverture etc.… A l’école nationale de Darbonne par exemple, le professeur Joseph Fritzner Paul, un des membres des Amis du Savoir et des Connaissances pour lequel nous avons beaucoup de respect, se faisait briller par sa présence puisqu’il était souvent désigné comme maître de cérémonie.
Il est de bon ton, chers amis de noter l’insatiabilité de cette foule assoiffée. Après avoir assisté aux prestations des élèves de l’école nationale de Darbonne, elle se rendait à Guérin, à Dessources, au parc Gérard Christophe où beaucoup d’élèves de la ville performaient; croyez-nous,l’ambiance n’était pas différente. Pour citer un ami facebookien qui, pas trop longtemps de cela parlait sur sa page d’un Léoganais connu de tous, il disait : « Autrefois, il n’y avait pas de festivité du 18 mai dans la ville de Léogane sans Mécène » Qui ne se souvient pas de ce génie ? Dyolèèèèè !!!!!! Pale anpilllll !!!!
La journée du 18 mai était surchargée d’activités. Notre ami Ariel Andremann Pierre dirait à travers ses belles poésies : « Jounen 18 me nan tan lontan kote jè-n jan galan ak bèl nègès te konn ap paweze te toujou chaje tankou lekba… » En effet, si après les parades, les exécutions de morceaux spéciaux et la présentation des pièces de théâtre les gens fatigués rentraient chez eux pour se reposer avec bien sûr l’image de ces jeunes artistes qui venaient de performer dans leurs esprits, bon nombre d’entre eux allaient revenir ou bien aux écoles nationales de Darbonne et de Guérin, ou bien au Juventud Club de Léogane ou ailleurs pour continuer la fête avec les orchestres Tropicana et Septentrional, l’Ensemble Select de Coupé Cloué, le Kombit kréyòl de Rodrigue Milien, Toto Nécessité et son groupe ou des systèmes musicaux qui jouaient les meilleures compositions de la musique haïtienne permettant aux amoureux de « plugger » oubliant les vicissitudes de la vie.
Si des fois je m’enorgueillis de faire partie de la génération du s’il-vous-plaît, du bonjour, du merci, du respect aux personnes âgées ; de celle qui demande la permission, qui salue avec un sourire et qui aime les gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils ont, je me réjouis aussi d’avoir vécu si petit que je fusse, ces moments que les générations présente et future n’auront jamais vécus tout simplement parce que Haïti est un pays où les choses de valeur apparaissent et disparaissent. Bonne fête du drapeau à vous toutes et à vous tous !

Rulio Oscar