La pérennité de la frustration de l’injustice


brockIl est des injustices qu’on subit qui ne nous laissent jamais. La corruption, la partialité et la discrimination font rage dans le monde. Dans les pays qui se consacrent champions de la démocratie, les choses sont loin d’être différentes.
A travers ce texte, nous mettrons en relief la décision d’un juge d’écoper seulement une peine de 6 mois de prison à un jeune homme de 20 ans, Brock Turner qui avait sexuellement violé une femme de 23 ans ayant commis l’imprudence d’avoir trop bu dans une fête en janvier 2015 en Californie plus particulièrement à Stanford. Cette nouvelle qui fait tache d’huile ici aux Etats Unis, soulève la conscience de plus d’un, la mienne y compris.
Il est évident que cette sentence de 6 mois seulement à ce bandit, du moins 3 mois s’il se comporte bien en prison, est révoltante. Mais c’est pire quand on connait la raison que le juge a évoquée pour prendre cette décision. Pour justifier sa décision, le juge Aaron Persky de la Cour de Santa Clara a évoqué la carrière sportive du jeune homme, qui aspirait à participer aux Jeux Olympiques, et son inquiétude de la voir « sévèrement mise en danger » par une sentence trop dure. WOW !!! Le juge se soucie de la carrière sportive du « Kadejakè », pas de la femme qui a été violée et avilie. On aura tout vu et tout entendu sous ce ciel bleu ! Ce vendeur de justice n’a pas pensé à l’impact négatif que non seulement le viol, mais aussi son injuste décision vont avoir sur le reste de la vie de la jeune femme.
Comme je l’ai dit plus haut, et je parle en connaissance de cause, Il est des injustices qu’on subit qui ne nous laissent jamais. Le 18 mars 2016, je revenais du travail empruntant ma route habituelle, Dekalb Pike. Il était environ minuit 20 minutes lorsque je m’approchais vers un carrefour où je remarquais la voiture d’un policier. Sachant que je suis en règle avec les lois de la circulation du pays, je ne me laissais pas intimider par la présence policière. Arrivé exactement à l’intersection de Dekalb et de la 4ème rue, la lumière tournait jaune. Sachant que même lorsque j’avais essayé de freiner la voiture se serait retrouvée de toute façon de l’autre côté de la rue, j’ai continué mon chemin. A ma grande stupéfaction, j’étais presque arrivé chez moi lorsque ce policier blanc passait sa boule derrière moi. J’ai stoppé la voiture et lui ai demandé pourquoi il m’a arrêté. Il m’a dit que j’ai brûlé le feu rouge. J’ai résisté contre lui en lui disant que ce n’est pas vrai. Je me suis tu lorsqu’il m’a dit avoir la vidéo dans sa voiture sachant déjà que j’allais en appel avec quelle que soit la décision qu’il aurait prise.
Pour ne pas être trop long, le 20 avril, je devais apparaître par devant un juge qui a décidé en faveur du policier. Ce qui me donne la rage au cœur jusqu’à présent, c’est quand j’ai demandé à voir la vidéo, le juge n’a pas même attendu que le policier répondît, il a pris la parole pour dire que ce dernier n’était pas en possession de la vidéo et que j’étais coupable. Le favoritisme de ce juge corrompu et raciste non seulement m’a coûté près de $200.00 mais aussi et surtout 3 points sur mon permis de conduire et l’augmentation de mon assurance. Cette injustice contre ma personne ne me laissera jamais et cela me rend furieux jour après jour.
Tout cela, mesdames et messieurs, est pour vous dire que je comprends les douleurs de cette femme violée et privée de justice. Elle a commis certes l’erreur d’avoir trop bu, mais ça ne saurait justifier l’acte honteux du type.
Il convient de signaler que le jour du verdict, cette jeune femme a héroïquement lu une lettre qu’elle a adressée à son agresseur. Visitez http://lesamisdusavoir.info/ si vous voulez lire l’intégralité de la lettre en Anglais. Voici quelques extraits en français :
« Ton avocat a bien insisté sur le fait qu’on ne sait pas exactement quand j’ai perdu connaissance. Peut-être, mais là n’est pas la question ! J’étais trop saoule pour parler correctement, trop saoule pour donner mon consentement, avant même que je sois au sol. Tu n’aurais jamais dû me toucher, point. […] Tu dis que si tu avais su que j’étais inconsciente, tu aurais arrêté et cherché de l’aide. Comment m’aurais-tu aidée ? J’aimerais savoir. Si ces deux cyclistes ne nous avaient pas vus, comment la nuit se serait-elle terminée pour moi ? M’aurais-tu remis ma culotte, démêlé mon collier, fermé mes jambes, couverte ? Aurais-tu enlevé les aiguilles de pin dans mes cheveux, demandé si les brûlures à mon cou et sur mes fesses me faisaient mal, cherché un ami pour lui dire de t’aider à m’emmener dans un endroit confortable et chaud ? Quand je pense à jusqu’où les choses auraient pu aller si ces deux gars ne t’avaient pas arrêté, je perds le sommeil. Que me serait-il arrivé ? Tu es incapable de trouver une réponse satisfaisante à cette question, même après un an. »
« Mon indépendance, ma joie de vivre, ma douceur et la vie stable dont je profitais jusqu’alors ont été complètement déformés. Je suis devenue introvertie, colérique, méprisante de ma propre personne, épuisée, irritable, vide. Cet isolement était parfois insupportable. Tu ne peux pas me rendre la vie que j’avais avant cette nuit. Alors que tu t’inquiètes de ta réputation ruinée, je mets chaque soir des cuillères dans le frigo pour que, à mon réveil, quand même yeux sont gonflés à force d’avoir pleuré, je puisse les y mettre pour les dégonfler et tout simplement voir. […] Je ne peux plus dormir sans la lumière allumée, comme quand j’avais 5 ans, car je fais des cauchemars dans lesquels on me touche et je ne peux pas me réveiller. Pendant 3 mois, je me suis couchée à 6h du matin, lorsque le soleil se levait et que je me sentais suffisamment en sécurité pour m’endormir. J’ai peur de me promener le soir, d’aller à des soirées et de boire avec mes amis alors que je ne devrais pas me sentir en danger en leur présence. »
« Tu ne sais pas à quel point il a été difficile pour moi de reconstruire ces parties de moi que tu as affaibli. Cela m’a pris 8 mois rien que pour réussir à parler de ce qui m’est arrivé. Je n’arrivais plus à être avec mes amis et mes proches. Je criais sur mon petit-ami et ma famille dès qu’ils commençaient à évoquer le sujet. Tu ne m’as jamais permise d’oublier ce qu’il m’est arrivé. Tu m’as donné un ticket à destination d’une planète où je suis seule au monde. A chaque fois qu’un nouvel article paraissait, je vivais dans la paranoïa que toute ma ville découvre que c’était moi, la fille qui s’est faite agresser. Je ne voulais pas qu’on ait pitié de moi et j’apprends chaque jour à accepter le fait que je suis une victime et que ce trait fait désormais partie de mon identité. »
« Je respecte totalement son droit à un procès, mais même après que 12 jurés l’ont unanimement déclaré coupable de 3 délits, tout ce qu’il a avoué, c’est d’avoir trop bu. Quelqu’un qui est incapable d’assumer la responsabilité de ses actions ne mérite pas une condamnation allégée. Le fait qu’il a voulu atténuer ce viol en avançant une « promiscuité » entre nous est profondément insultant. Le viol n’est pas une question de promiscuité, il s’agit de l’absence de consentement et cela me perturbe beaucoup qu’il ne puisse pas faire cette distinction. »