Un message aux jeunes de mon pays


âme bien née

Je me souviendrai toujours de ce spot que je prenais plaisir à écouter sur Radio Nationale, qui était à mon avis plutôt éducatif que publicitaire. “L’avenir est aux jeunes qui prennent leurs études au sérieux. Jeunes de mon pays, …”
Je suis issu comme nombre d’entre vous peut-être, d’une famille modeste qui n’avait pas de grands moyens. Toujours est-il, mes parents comprenaient que mon éducation ou mon instruction si vous préférez, était l’unique façon de me tracer une future qui serait différente de leur passé et même de leur présent. En dépit des sacrifices énormes qu’ils avaient consentis et de mon amour pour eux, je doute fort qu’ils eussent fait plus que n’importe quel parent ferait.
Les parents, que leur niveau d’éducation soit bas ou élevé, qu’ils n’aient jamais eu la chance de fréquenter les bancs d’école, veulent que leurs enfants bénéficient du pain de l’instruction. Pour arriver à cette fin, il n’y a pas d’humiliations et de souffrances qu’ils n’accepteront de subir et d’endurer. S’il n’y a pas de différence entre la volonté des parents « V » et « W » et celle des parents « X et Y » de faire en sorte que leurs enfants soient instruits, il y a une grande différence au niveau des enfants eux-mêmes.
Les gens qui réussissent dans la vie et qui font des progrès ont eu et peut-être ont encore un modèle. Vous aussi, vous en avez besoin à moins que vous soyez un génie et ceci, dès votre naissance.
Quand j’étais petit, je n’étais pas aussi chanceux que mes enfants ou les vôtres le sont aujourd’hui d’entendre mes parents s’adresser à moi en français. Vous et moi, nous pouvons nous exprimer à nos enfants ou bien en Anglais, en Créole en Français et même peut-être dans d’autres langues. Pendant mon enfance, je n’avais pas beaucoup de gens vers lesquels regarder, ayant été toujours quelqu’un au goût très difficile. Ce n’est pas sans raison que les livres et certains journalistes, pas les médiocres d’aujourd’hui, étaient mes meilleurs amis.
Mes jeunes compatriotes d’aujourd’hui me consternent beaucoup. Il suffit de regarder leur profile sur les réseaux sociaux comme Facebook, par exemple, vous aurez une idée de quoi je veux parler. Ils sont toujours en compétions dans leur style et dans le type de vêtements et de chaussures qu’ils portent. Leurs pantalons, ils les portent raz les fesses et les supportent à la braguette d’une main pour éviter qu’ils tombent. Ils sont toujours les plus pressés surtout quand ils écrivent un message textuel. Ils mettent tout en abréviations.
A tous ces jeunes qui auront l’occasion de lire ce texte, je lance un vibrant appel. Oui ! Je vous exhorte de changer votre fusille d’épaule. Les photos que vous postez sur Facebook ne font et ne feront jamais votre valeur. Vous avez des moyens que je n’avais pas lorsque j’avais votre âge. Vous avez des livres, des bibliothèques, des ordinateurs, des smartphones, les réseaux sociaux et par-dessus tout, l’internet, la plus grande bibliothèque universelle. Pourquoi vous ne les utilisez pas pour vous instruire et vous former ?
Que de fois, je critique les gens dont les journées et nuits sont constituées de manger, de boire, de travailler de dormir et de se servir de Facebook pour faire la médisance. A ces gens, je ne tiens pas trop rigueur parce qu’ils sont de ma génération. Comme moi, les moyens leur avaient fait défaut ; ils pouvaient ne pas avoir la même motivation que j’avais eue lorsque nous étions jeunes. Mais vous qui êtes dans les vingtaines, je vous chalenge d’offrir de meilleures images que celles que vous projetez.
Dis-moi qui tu fréquentes, dit-on, je te dirai qui tu es. Il est temps d’abandonner vos mauvaises compagnies qui ne font que vous corrompre. Faites des livres vos meilleurs amis et de vos smartphones vos outils de travail et de recherche. Aiguisez votre appétit pour la lecture et courez après la paresse intellectuelle. Lisez tout ce qui peut être lu, que vous le trouviez par terre, dans un livre ou sur le net. Lisez des livres à proprement parler ou des livres électroniques, qu’ils soient volumineux ou pas. Il n’y a que les paresseux intellectuels qui se plaignent de la longueur d’un texte ou du volume d’un livre. Je vous parle en connaissance de cause puisque mon livre de chevet, le bon usage Grammaire Française de Maurice Grevisse, a 1762 pages. Piquez-moi $200.00 US, ne me volez pas ce livre.
Mes jeunes compatriotes, vous avez un choix binaire à faire : ou bien vous vous valorisez en changeant votre attitude et en développant l’amour pour les choses de l’esprit ou bien vous maintenez le statu quo c’est-à-dire, vous continuez à vendre l’image hideuse que l’on voit sur Facebook.
Souvenez-vous que l’avenir est aux jeunes qui prennent leurs études au sérieux. N’attendez pas d’avoir 30, 40, 50 ou 60 ans pour être une valeur. Car, aux âmes bien nées, dit-on, la valeur n’attend point le nombre des années.
Rulio Oscar, le 7 août 2016